Ancien élève de la maison salésienne de Ressins et président de la Fondation du Bocage, à Chambéry, Michel Dantin est désormais président du Conseil national de l’enseignement agricole privé (CNEAP). Alors que les mobilisations lycéennes et les tensions qui traversent certains établissements scolaires témoignent d’un malaise qu’il serait imprudent d’ignorer, il rappelle, dans un texte publié il y a quelques jours, une conviction essentielle : l’éducation ne consiste pas seulement à transmettre des savoirs et des compétences. Elle doit aussi permettre à chaque jeune de trouver sa place dans la société et de se projeter dans l’avenir.
Les tensions observées ces derniers jours dans plusieurs établissements scolaires ne peuvent laisser indifférent. Elles interrogent notre capacité collective à entendre les préoccupations de la jeunesse, à comprendre ses attentes et à lui donner des perspectives.
Aucune colère ne saurait justifier la violence. Mais condamner celle-ci ne peut suffire. Encore faut-il prendre la mesure des inquiétudes qui s’expriment, sans les minimiser ni les réduire à de simples mouvements de contestation. Grandir aujourd’hui, c’est se construire dans un monde traversé par de profondes incertitudes : transformations économiques, défis environnementaux, tensions sociales et interrogations sur l’avenir.
La jeunesse a besoin de repères, de confiance et de perspectives. Elle a aussi besoin de sentir que sa parole est entendue et que sa place dans la société ne se résume pas à une promesse lointaine.
L’éducation porte, à cet égard, une responsabilité majeure. Elle ne peut se limiter à préparer à un métier ou à transmettre des connaissances. Elle doit également donner le goût d’apprendre, développer le discernement, faire grandir le sens des responsabilités et permettre à chacun de découvrir ses talents. Elle doit ouvrir des horizons, plutôt que nourrir le sentiment d’un avenir incertain ou inaccessible.
C’est dans cette ambition que s’inscrit l’enseignement agricole porté par le CNEAP. En plaçant la terre, le vivant, les territoires et la relation aux autres au cœur de son projet éducatif, notre réseau propose une approche singulière de la formation. La pédagogie de l’expérience, les projets collectifs, la proximité avec les professionnels et l’ancrage territorial donnent aux apprentissages une dimension concrète. Ils permettent aux jeunes de comprendre l’utilité de ce qu’ils apprennent et de mesurer leur capacité à agir sur le monde qui les entoure.
Prendre soin de la terre, produire et nourrir, préserver l’environnement, accompagner les personnes ou faire vivre les territoires : ces missions donnent du sens aux parcours de formation. Elles rappellent aussi une réalité essentielle : chacun peut contribuer, par son travail et ses engagements, au bien commun.
Cette dimension est particulièrement précieuse à une époque où la confiance dans l’avenir peut vaciller. Former, c’est transmettre des compétences ; éduquer, c’est aussi donner à chacun les moyens de croire en sa capacité à agir.
L’enseignement agricole ne prétend pas être à l’écart des difficultés qui traversent notre société. Ses établissements connaissent, eux aussi, les fragilités des jeunes, les difficultés sociales et personnelles, ainsi que les défis auxquels les équipes éducatives doivent faire face. Mais la proximité, l’attention portée à chacun et la force des projets collectifs constituent des leviers précieux pour accompagner les parcours et prévenir le décrochage.
L’inspiration chrétienne du CNEAP nourrit cette ambition : reconnaître la dignité de chaque personne, croire en sa capacité à grandir et favoriser une société plus humaine, plus solidaire et plus fraternelle. Cette conviction ne conduit ni à ignorer les difficultés ni à les contourner. Elle invite, au contraire, à agir avec lucidité, à ne renoncer à aucun jeune et à faire de l’éducation un espace de dialogue, de respect et de confiance.
La situation actuelle nous rappelle ainsi que la question éducative dépasse les murs de l’école. Elle concerne les familles, les institutions, les acteurs économiques et l’ensemble de la société. Elle appelle un dialogue exigeant, respectueux des responsabilités de chacun, ainsi qu’une attention constante aux conditions dans lesquelles les jeunes grandissent, apprennent et construisent leur avenir.
Dans l’enseignement agricole, nous savons ce que signifie semer : prendre soin aujourd’hui de ce qui grandira demain, accepter le temps nécessaire à la croissance et croire en ce qui n’est pas encore visible. L’éducation relève de la même exigence. Elle demande de la constance, de la confiance et une ambition qui ne se dément pas, même lorsque le contexte se tend.
À l’heure où les inquiétudes d’une partie de la jeunesse s’expriment avec force, nous devons collectivement lui offrir davantage que des réponses immédiates : la possibilité de se former, de s’engager, de prendre des responsabilités et de contribuer pleinement à la société.
L’avenir ne se décrète pas. Il se construit, avec les jeunes et en leur faisant confiance. C’est à cette ambition que le CNEAP entend continuer à prendre toute sa part.
Michel DANTIN, président du CNEAP
–> Le CNEAP scolarise environ 45 000 jeunes en formation initiale et 10 000 en apprentissage.